Bovines ou la vraie vie des vaches d’Emmanuel Gras

Y a-t-il plus prosaïque qu’une vache ? Elles ne font pas rêver, ruminent à longueur de journée, sont couvertes de mouches et nous trouent la couche d’ozone à force de péter (il faut bien un responsable, n’est-ce pas…). Et pourtant. Je me souviens d’une émission de France Culture au cours de laquelle Alain Finkielkraut laissait s’exprimer son penchant pour les vaches. C’était assez étrange. Entendre Brigitte Bardot défendre les bébés phoques, soit. Mais Finkielkraut, philosophe et membre de l’Académie française qui affirme que la rumination des vaches l’inspire…  Pourtant, il ne fait aucun doute que Bovines nuance notre regard sur ces actrices inattendues…

En fait, on ne les connait pas. Et on ne les connait pas parce qu’on ne les regarde pas. Elles nous observent mais nous passons, dédaignant ce regard dit bovin pourtant si doux. Emmanuel Gras a posé sa caméra dans des prés normands et a regardé. Cet oeil-là émerveille car chaque image est une oeuvre d’art. L’herbe couverte par la rosée, le poil des vaches, les gouttes de pluie dans une flaque de boue… tout est vu de si près que notre regard n’est pas habitué à un tel point de vue, quasi poétique si cet adjectif peut s’utiliser pour une image. Et le son enveloppe le spectateur, celui de l’orage, des meuglements incompréhensibles, de l’herbe arrachée à la terre par une bouche insatiable.

Une heure de film sans musique ni voix off. Que des vaches dans des prés et c’est tout. Elles broutent, elles meuglent, elles mettent bas, elles gambadent en arrivant dans un champ d’herbe grasse (mais oui, il a raison Finkielkraut, elles gambadent !). On les regarde, de plus en plus attentifs. Il y en a une qui veut manger une pomme dans un arbre et comme elle ne peut pas l’attraper elle saisit la branche et la secoue, faisant choir l’objet de sa convoitise entre ses pattes. Ça n’est donc pas si bête que ça une vache…

Et puis… il y a une bétaillère qui arrive, sur laquelle est écrit « viande charolaise »… un homme fait monter une vache dedans, puis s’éloigne avec le véhicule. Et toute les vaches ses copines de suivre la camionnette en meuglant. Ça serait des loups on dirait qu’ils hurlent à la mort. Sans blague, ça sait lire aussi les vaches ?

Le danger qui guette le spectateur est la surinterprétation. Peut-on dire qu’une vache lèche tendrement les oreilles de sa semblable ?  Peut-être pas mais en tout cas, la semblable semble y prendre beaucoup de plaisir.

Bovines était diffusé dans une salle pour une unique séance dans le cadre d’un ciné-école. Mon esprit militant aurait ajouté une image en fin de film, celle d’un abattoir parce que toutes ces bovines termineront ainsi leur trop courte vie : « la vraie mort des vaches ». Car elles ne sont que de la viande pour ceux qui les élèvent. Mais Emmanuel Gras a préféré sans doute rester sur la beauté  de ces animaux et la douceur de leur existence. Celles-ci au moins sont paisibles, elles ont vécu leur vie dans les prés.

A consulter : bibliographie sur la condition animale.

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Bovines ou la vraie vie des vaches d’Emmanuel Gras
Durée : 1 h 05 – Sortie nationale : 2011

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4 commentaires sur “Bovines ou la vraie vie des vaches d’Emmanuel Gras

  1. keisha

    Mais c’est sympa les vaches, même si je les aime vraiment en plein champ, avec leurs petits veaux, en Limousin par exemple… (méfie toi quand même, tu vas finir par t’installer en plein milieu des champs ^_^) Meuh si.

    • Sandrine

      Pas de doute que celles-ci sont en plein champ et heureuses de l’être. Et t’inquiète, je ne suis pas guetter par la ruralité, juste à l’écoute 😉

  2. Je l’ai vu ce documentaire et je me souviens bien de la scène où on emmène leurs petits … on ne se sent pas fière à ce moment-là, sachant ce qu’il y a au bout.

    • Sandrine

      Si les gens voyaient plus de films comme celui-là, où le désir de vivre des animaux est évident, peut-être que ça ferait changer un peu les choses… je m’illusionne certainement…

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