Eux sur la photo d’Hélène Gestern

Eux sur la photoEn ouvrant Eux sur la photo, premier roman d’Hélène Gestern, je savais juste qu’il y était question de généalogie. Il ne s’agit pas ici de récolter des actes d’Etat civil pour remonter ses ancêtres jusqu’au XVIe siècle, mais d’histoire familiale bien plus proche dans le temps : Hélène Hivert cherche à savoir qui était sa mère. On parlera donc plutôt ici de psycho-généalogie, ce mouvement d’analyse qui permet de mieux se comprendre à la lumière de l’histoire familiale. Car nos ancêtres vivent en nous…

Parce qu’elle ignore tout de sa mère morte alors qu’elle avait trois ans, Hélène publie une photo dans un journal, comme un appel à témoins : sa mère Nathalie Hivert y est entourée de deux hommes au cours d’un tournoi de tennis en Suisse. Depuis l’Angleterre où il vit, Stéphane Crüsten lui répond que l’un des deux hommes est son père. Une correspondance s’engage alors entre Hélène et Stéphane. Tous deux se posent beaucoup de questions sur leurs parents et sont conscients qu’on leur a caché beaucoup de choses.

Ces choses-là, doivent-ils les découvrir ? Doivent-ils fouiller le passé de leurs parents et savoir ce qu’on ne voulait pas qu’ils sachent, peut-être pour leur bien ? Pour eux bien sûr, silence et ignorance sont pires que tout et l’histoire de leurs parents est aussi la leur. Tous deux ne se sont jamais mariés, la famille est comme un poids incompréhensible mais tangible.

Eux sur la photo est un roman épistolaire qui présente les échanges entre Hélène et Stéphane. Ils fouillent les archives familiales, font des découvertes, se déplacent sur des lieux chargés de passé. Cette recherche les rapproche d’autant plus qu’ils ont les mêmes interrogations familiales et souffrent de secrets que plus personne ne peut dévoiler. Les découvertes qu’ils font les bouleversent tant elles sont fondatrices de leur personnalité respective.

Eux sur la photo progresse inéluctablement vers la révélation : bien qu’ils rechignent parfois vu l’impact émotionnel de leurs découvertes, Stéphane et surtout Hélène iront jusqu’au bout. La sobriété du style d’Hélène Gestern permet à son roman de rester pudique. Cette retenue n’entrave en rien l’émotion, elle rend au contraire ces deux solitaires plus crédibles.

Ils ne peuvent d’abord reconstituer que des faits à partir de photos et de minces indices, imaginant le reste. Ils se rendent alors compte que l’imagination est dangereuse. Quand arriveront des témoignages inattendus de gens qui ont connu leurs parents, l’histoire de ces derniers se révèlera simple, simple comme la vie. Rien d’extraordinaire aux yeux du monde mais rien qui ne soit essentiel pour eux. Car nous sommes tous faits de ces petites histoires banales qui sont jadis devenues des drames individuels à cacher. On croit le silence salvateur car il permet de ne pas blesser autrui. On se trompe en voulant bien faire. Qui a tort, celui qui cache pour protéger ? Qui a raison, celui qui cherche au nom de la vérité ? Questions, questions… une réponse peut-être, la dernière phrase de Eux sur la photo :

une fois né, l’amour, quelle que soit la destinée qu’on lui réserve, est irrévocable.

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Eux sur la photo

Hélène Gestern
Arléa (1er mille), 2011
ISBN : 9782869599512 – 273 pages – 19 €

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10 commentaires sur “Eux sur la photo d’Hélène Gestern

  1. Oui, un roman avec beaucoup d pudeur et des émotions bien réelles

    • Sandrine

      C’est souvent délicat d’obtenir ces vraies émotions sans avoir recours à trop d’images, de mots, de sensations… la sobriété n’est pas le moyen le plus facile mais certainement la marque d’un bon écrivain, à mes yeux tout du moins.

  2. Lu et aimé (en 2012) même si a priori, ce n’était pas trop mon thème favori…

    • Sandrine

      Quand j’ai vu la date de parution, j’ai mesuré (une fois de plus) à quel point le temps passe vite…

  3. J’en ai beaucoup entendu parler, mais je ne l’ai pas lu. A ne pas oublier ..

    • Sandrine

      Je pense qu’il a toutes les qualité pour te plaire.

  4. Savoir ou ne pas savoir, l’éternel dilemme ! Chacun peut avoir sa réponse, qu’il faut toujours respecter.

  5. J’aime bien cette collection. J’ai toujours un peu peur de me sentir voyeuse, mais à lire ton billet, je pense que je peux y aller!

  6. Je ne me rappelai pas cette belle dernière phrase.

  7. Je l’ai lu et beaucoup apprécié la retenue de l’auteure

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