Making a Murderer – saison 1

Making a murderer n’est pas une série comme les autres. Il ne s’agit pas d’une fiction mais d’une série documentaire sur Steven Avery, deux fois jugé pour des crimes qu’il n’a pas commis, les réalisatrices Laura Ricciardi et Moira Demos en sont convaincues. Dix ans de tournage pour deux saisons, la première s’intéressant plus particulièrement à la seconde accusation : Steven Avery a-t-il tué la journaliste Teresa Halbach ou a-t-il été victime d’une machination de la police tentant d’échapper aux poursuites intentées contre elle par Avery suite à sa libération après 18 ans passés injustement en prison ?

Le premier épisode de la première saison raconte le premier procès durant lequel Steven Avery fut condamné à trente-deux ans de prison pour tentative de viol, puis comment et pourquoi il fut innocenté puis libéré. Je peux donc vous parler de cette première affaire sans divulgâcher la série. Mais je vous conseille pour le reste de ne pas chercher à savoir si Avery a été condamné au cours du second procès. On peut très facilement trouver la réponse sur Internet mais ainsi vous vous priveriez de tout le suspens de la série. Car même si cette histoire est vraie, si les personnes qu’on voit à l’écran ne sont pas des acteurs mais les véritables protagonistes de cette histoire, Making a Murderer est monté comme dans une série à suspens, un thriller qui vous tiendra en haleine.

Steven Avery est donc condamné en 1985 pour avoir tenté de violer une jeune femme. Trente-deux ans pour une tentative de viol, c’est beaucoup. Dès le premier épisode, Laura Ricciardi et Moira Demos soulignent l’acharnement de la police du comté de Manitowoc, Wisconsin. Les enquêteurs sont sûrs de tenir le violeur et dédaignent d’autres pistes, n’enquêtent pas ailleurs. Pourquoi ?

La famille Avery vit à l’écart de la ville où elle tient une casse de voitures. Les Avery ne sont pas socialement intégrés, vivent entre eux dans des mobil-homes. Ils ne sont ni bien élevés, ni bien habillés. On les soupçonne de petits délits et ils font clairement tâche dans le paysage. Les laissés-pour-compte de l’Amérique, des marginaux forcément coupables de quelque chose.

©John Ferak/USA TODAY NETWORK-Wisconsin

Voilà Steven condamné et innocenté dix-huit ans plus tard grâce à une expertise ADN. Il demande de l’argent en réparation et tente de faire incriminer la police qui, il en est sûr, a monté une machination pour l’accuser. Il faut savoir que pendant ces dix-huit années, le vrai coupable a continué à violer : l’incompétence de la police a donc des conséquences au-delà de la seule privation de liberté de Steven Avery. Les Avery attaquent la police, mal lui en prend.

Deux ans après, Teresa Halbach, jeune journaliste est portée disparue. Elle est venue à la casse Avery, y a rencontré Steven avant qu’on perde sa trace. Quelques jours après, sa voiture est retrouvée dans cette casse, dissimulée. Puis des restes de son corps. Steven est arrêté. Bientôt, un de ses neveux, Brendan Dassey avoue à la police qu’il a torturé, violé et tué la jeune femme en compagnie de son oncle avant de brûler son corps. Brendan est manifestement un peu simple d’esprit, il reviendra plus tard sur ses aveux.

Making a murderer est une série passionnante comme beaucoup de séries aujourd’hui. Son plus est qu’il s’agit d’un documentaire. Ces gens sont vivants et Steven Avery a passé en vain dix-huit années de sa vie en prison parce que la police n’a pas fait son travail correctement. C’est ce dont les deux réalisatrices nous persuadent et c’est aussi ce qui pose question : par leur travail, notamment grâce aux documents auxquels elles ont eu accès, par le montage des différents épisodes, elles persuadent, elles mettent le spectateur de leur côté. Elles choisissent de faire parler les images et les protagonistes : pas de voix off qui pourrait orienter les conclusions du spectateur. On jurerait un parti-pris de neutralité… Avec elles, on condamne la police, le FBI et la justice américaine. Et on mesure le pouvoir de la télévision aujourd’hui… Quelqu’un pourrait-il faire de même pour prouver la culpabilité de Steven Avery ? Sans doute, et c’est effrayant d’y penser.

On voue aux gémonies le procureur Kratz qui tente de laver la réputation des officiers de police qu’on déteste. Même la famille de la victime semble suspecte. Les deux avocats de Steven Avery sont remarquables et on ne peut que conclure avec eux :

To be accused is to lose, every time

Le spectateur est totalement pris(onier), les cliffhangers notamment travaillent à sa dépendance. Cette convaincante démonstration est-elle faite pour défendre Avery, pour dénoncer l’injustice ou pour faire de l’audience avec une série par essence réaliste ? Sommes-nous manipulés ? Laura Ricciardi et Moira Demos montrent-elles tout ou seulement ce qui sert leur cause ? Les médias ont-ils quelque chose à voir avec la Justice ? Si l’on croit en la culpabilité de Avery alors la mise au ban social de sa famille et de ses semblables peut sembler justifiée. Mais si on croit en son innocence alors la police, ces vrais officiers de police qui travaillent au jour le jour dans le comté de Manitowoc sont les pires bandits qui soient. Tout le monde a une réputation à perdre.

En tant que série, Making a Murderer est à mes yeux une vraie réussite. En tant que documentaire, elle pose des questions importantes auxquelles je n’ai pas de réponses.

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1 commentaire sur “Making a Murderer – saison 1

  1. Ca a l’air passionnant.

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