La prisonnière de la mer d’Elisa Sebbel

La prisonnière de la merVoici un roman historique qui aurait pu être bon. Il l’est d’ailleurs sous certains aspects mais La prisonnière de la mer malheureusement est au final aussi creux que son titre et sa couverture le laissent augurer.

La très jeune et très Picarde Héloïse se fait cantinière par amour pour son jules qui se prénomme Armand. Il a tiré le mauvais numéro et doit rejoindre l’armée napoléonienne pour cinq ans. Pour l’Empereur, la débandade commence du côté de l’Espagne : en 1808, c’est la défaite de Baylen. Des milliers de prisonniers sont au final envoyés sur l’île de Cabrera, petite île désertique au large de Palma de Majorque. Au total, quelques cinq mille hommes et vingt-et-une femmes sont parqués là pendant cinq ans.

Veuve, Héloïse est démunie mais va cependant survivre. Le chirurgien de l’armée la prend en effet sous sa protection pour lui éviter les pires outrages et elle devient sa compagne, lui tombant amoureux d’elle. Mais elle tombe amoureuse d’un officier qu’elle a soigné et probablement sauvé : Louis est jeune, beau et fougueux… oui, c’est là que La prisonnière de la mer tient les promesses de son titre…

Elisa Sebbel ne fait malheureusement pas grand-chose de son sujet qui se réduit à une histoire d’amour insipide et rabâchée. Il n’y a pas d’autres enjeux narratifs que : Héloïse sera-t-elle loyale envers le vieux chirurgien qui la protège ou vivra-t-elle sa passion jusqu’au bout avec le bel officier un peu bad boy sur les bords ? A votre avis, la réponse ?

Je redoutais à chaque instant de croiser Louis. Les jours où je pensais à lui, je décidais de tout dire à Henri et de partir le rejoindre. Les autres, de plus en plus nombreux au fil des semaines, je me convainquais que personne ne pourrait être aussi bon avec moi que notre chirurgien, et que le mieux était de rester à ses côtés. D’ailleurs, je connaissais à peine Louis et j’avais déjà fait l’expérience de sa dureté et de son exigence. Il finirait certainement par me faire souffrir.

Passionnant…

Les relations humaines ne sont qu’effleurées, les tensions suscitées par la situation à peine évoquées. Elle se fait violer une fois, elle a souvent faim et elle est triste quand quelqu’un meurt… Qu’en est-il de la promiscuité, du vice, des corps dans un tel huis clos ? On ne sait même pas pourquoi ni comment elle n’est jamais enceinte pendant tout ce temps.

Le style quant à lui est assez plat et ne pallie en rien l’absence d’intérêt romanesque. Quelques approximations sont d’ailleurs à noter, comme l’emploi du mot « pull over ».

Un roman qui s’avère d’autant plus décevant que le cadre historique est original. L’époque et les événements sont méconnus en littérature, si ce n’est Cadix ou la diagonale du fou d’Arturo Pérez-Reverte (qui traite du siège de Cadix). On espère qu’ils trouveront artisan plus habile.

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La prisonnière de la mer

Elisa Sebbel
Fayard (Mazarine), 2019
ISBN : 9782863745038 – 297 pages – 18 €

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8 commentaires sur “La prisonnière de la mer d’Elisa Sebbel

  1. keisha

    Ouf j’ai eu peur au début, mais heureusement tu n’as pas accroché… ^_^ Cela m’a l’air bien niaiseux. En tout cas je ne peux plus lire ce genre de romans (dis donc c’est pour les RVH ou tu as voulu te faire du mal?)

    • Sandrine

      Gagné, c’est pour le jury de sélection du prix du roman historique des Rendez-Vous de l’Histoire : non, je ne suis pas encore maso 🙂 J’en ai encore sous le coude, j’espère qu’ils seront plus passionnants…

  2. Je vois en effet l’ampleur de la déception ! J’espère que le reste de la sélection sera de meilleure tenue.

  3. Ce titre me paraissait être un choix surprenant pour toi (et puis sans vouloir être snob, la couverture me parait assez révélatrice du contenu que tu décris) mais si c’est pour un jury c’est plus compréhensible. Espérons que les suivants seront mieux!

  4. Mince, quel dommage.

  5. Que ça fait plaisir de ne pas être systématiquement tentée.^^

  6. Pouah….l’auteure m’a contactée…si j’avais lu ton article, je n’aurais pas répondu favorablement à son offre de m’nevoyer son roman…

    • Sandrine

      J’espère qu’il va te plaire quand même un peu… le côté historique est intéressant car méconnu…

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