Les Mal-aimés de Jean-Christophe Tixier

Les Mal-aimésLes Mal-aimés s’ouvre sur un gamin qui part. Il laisse derrière lui la douleur, la faim et les pleurs, dans une grande bâtisse qui domine tout. Mais son horizon à lui s’ouvre désormais. Dix-sept ans plus tard, tous les enfants sont partis depuis longtemps mais la « maison d’éducation surveillée », autant dire le bagne, est toujours là. Hiératique et lugubre, elle domine le village et pour les habitants, elle est l’oeil qui regarde Caïn.

Ce village des Cévennes en 1901, le lecteur le découvre à travers quelques personnages à la conscience lourde. Ils ont été liés au bagne, en ont profité et pour certains bien au-delà de leurs attributions professionnelles. Les garçons retenus là leur ont servi de défouloir et leur départ ou leur mort ne leur ont pas permis d’oublier les bassesses commises. Ils ont juste mis leur mouchoir dessus, pour continuer à vivre.

C’est à la faveur d’événements étranges que le passé resurgit au village. Un accident mortel, des chèvres malades, une jument à l’agonie, du foin en feu : c’est beaucoup, c’est trop pour des coïncidences. Ce sont sans nul doute les enfants qui reviennent se venger…

Jean-Christophe Tixier parvient à créer une ambiance lourde et malsaine qui convient parfaitement à son roman. L’inquiétude plane sur les habitants, le lecteur ne sait rien et ne découvre que petit à petit le passé de chacun. C’est effrayant et on ne peut être que saisi d’une immense pitié face au sort de ces enfants. Car Les Mal-aimés a beau être une fiction, celle-ci se nourrit en partie de faits réels, notamment les mauvais traitements. Chaque chapitre s’ouvre avec en exergue une citation glaçante des registres d’écrou de la maison d’éducation surveillée de Vailhauquès dans l’Hérault : procédé très habile qui décuple le réalisme de la fiction.

Antoine Haran, né à Bayonne (Basses-Pyrénées) le 11 mai 1865.
Jugé le 16 août 1872 pour vol. Condamné à la correction jusqu’à ses 18 ans. N° d’écrou : 937. 1,20 m à l’entrée.
Antécédents bons. La famille vit au jour le jour. Ses rapports avec l’enfant étaient bons.
Causes de la sortie : décédé le 17 janvier 1874.

Face à l’âme humaine dans ce qu’elle a de plus noir, deux « coeurs purs » adolescents, Étienne et Blanche. Enfants abandonnés élevés à la dure par les habitants, ils sont la bouffée d’oxygène du lecteur et le pilier sur lequel s’installe le suspens : vont-ils oui ou non échapper au Mal et à la folie qui semblent de retour au village ?

Une réussite donc que ce roman très rural noir servi par une belle écriture. Ses phrases amples et maîtrisées forment une poésie sombre qui participe de l’inquiétude générale. Le choix du présent de narration nous la rend plus sensible encore.

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Les Mal-aimés

Jean-Christophe Tixier
Albin Michel, 2019
ISBN : 978-2-226-43672-6 – 325 pages – 19,50 €

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8 commentaires sur “Les Mal-aimés de Jean-Christophe Tixier

  1. tout est sombre, histoire, titre, couverture…

    • Sandrine

      C’est sombre oui, mais c’est bon !

  2. Ce roman a visiblement tout pour me plaire ! Je ne connais pas cet auteur, il s’agit d’un premier titre ?

    • Sandrine

      Il a écrit avant ça des romans pour la jeunesse.

  3. J’aurais envie de dire que « village des Cévennes » me suffit presque ! Mais non quand même … cette atmosphère me tente bien, j’aime le noir noir.

  4. Ca me semble bien glauque tout de même 😉 Je note pour un moment lumineux histoire de ne pas être trop plombée 😉

  5. Attirée par son ambiance qui a l’air spéciale.

  6. il est dans ma PAL, et je compte bien l’en sortir rapidement !

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