La petite conformiste d’Ingrid Seyman

la petite conformisteEsther Dahan est la petite conformiste. Elle raconte sa vie familiale depuis ses trois ans jusque l’adolescence. Et le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle n’est pas née dans la bonne famille. Elle si sage, si propre, si obéissante fait honte à des parents soixante-huitards et libertaires. Enfin surtout maman. Avec ses longs cheveux blonds et ses principes anticapitalistes, Babeth a tout d’une hippie. Patrick, employé de banque, est nettement plus rigide, même si lui aussi vit à poil à la maison. Quant au petit frère, c’est une bombe à retardement, un hyperactif qui permet rapidement aux parents de connaître leurs vrais amis. Peu au final, car les liens s’établissent surtout en famille, même si certains sont irrémédiablement fâchés.

Au début du roman, la caricature fonctionne et tout est plutôt drôle. On imagine cette famille hors cadres, à la fois fantaisiste et réjouissante, sorte de souffle d’air frais dans la société consumériste des années quatre-vingt. Mais Esther grandissant, sa compréhension s’aiguise, d’autant plus que la gamine est intelligente. Si ses parents ne suivent pas les us et coutumes de la majorité, ils n’en sont pas moins prisonniers de leurs propres idéologies. La gamine souligne les contradictions de ses parents, dont elle est la première victime : voilà qu’ils l’inscrivent à l’école Jeanne-d’Arc, école privée catholique où elle va faire tache, c’est certain !

Peu à peu, le portrait des parents s’affine. Esther pense que sa mère ne l’aime pas et qu’elle souffre de sa relation avec son père. En effet, celui qui semblait drôle en chantant du Brel déguisé en Brassens devient sombre avec sa manie des listes, de la propreté et des camps de concentration. Son Algérie natale tourne à l’obsession.

Esther grandit, toujours différente avec sa passion pour le classement et les accords du participe passé. Le drame approche.

Ingrid Seyman surprend en choisissant l’humour. Au début du roman, on imagine que La Petite conformiste va raconter les péripéties d’une famille loufoque et la difficulté d’être une enfant puis une adolescente différente des siens. Une critique sociale dans la veine de La Vie est un long fleuve tranquille. Le regard d’Esther sur sa famille est le moteur même de cet humour car elle n’a de cesse de souligner les contradictions de ses parents. Mais le drôle de père se transforme en pitre pitoyable que la mère ne supporte plus. Les assiettes volent et le divorce menace mais Babeth n’ose pas… La famille d’abord excentrique se révèle dysfonctionnelle.

Spoiler

Il est clair que le modèle familial ne fonctionne pas. On peut se demander pourquoi. Est-ce parce qu’il est radicalement différent et qu’il est impossible d’intégrer de tels spécimens au sein de la société ? Ce qui signifierait que tout modèle familial différent du modèle traditionnel serait voué à l’échec ? Ce serait dans ce cas un point de vue très conservateur. Mais peut-être s’agit-il de montrer que la famille, le « cocon » familial ne peut survivre face à la maladie (révélée à la fin) qui gangrène les relations.

Sur le thème de la famille, ce roman n’est pas aussi brillant que Marcher droit, tourner en rond d’Emmanuel Venet, mais à lire tour de même.

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La petite conformiste

Ingrid Seyman
Philippe Rey
ISBN : 978 – 2 – 84876 – 754 – 3 – 188 pages – 17 €

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La petite conformiste d’Ingrid Seyman

6 commentaires sur “La petite conformiste d’Ingrid Seyman

    1. L’histoire est intéressante et le style aussi, dont je n’ai pas beaucoup parlé : très dynamique, survolté même parfois, et drôle car la gamine a de la répartie.

    1. Les contradictions de cette génération sont humoristiquement soulignés, surtout à travers la mère avec son côté baba écolo. Passages vraiment drôles au moment de l’élection de Mitterrand.

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Bonjour,
voici un article à lire sur Tête de lecture : http://yspaddaden.com/2021/11/28/la-petite-conformiste-dingrid-seyman/