L’abandon des prétentions de Blandine Rinkel

L’abandon des prétentionsBien qu’il porte la mention roman, L’abandon des prétentions semble plus être un récit. Blandine Rinkel y fait le portrait d’une femme qui ressemble beaucoup à sa propre mère. Un texte intime et familial donc, dont la littérature contemporaine n’est pas avare. On ne compte plus aujourd’hui les portraits de grands-pères résistants ou d’oncles pédophiles… Blandine Rinkel se démarque pourtant de la production actuelle.

Jeanine est retraitée de l’Éducation Nationale, elle a été professeur d’anglais. Elle vit désormais seule à Rezé dans la banlieue de Nantes depuis que son mari et sa fille sont partis. Enfin pas tout à fait seule car elle loue une partie de sa grande maison à des étrangers de passage. Et plus ils sont étrangers, mieux c’est… Mais la plupart abusent de sa bonne foi et de sa gentillesse. Car Jeanine est généreuse et très à l’écoute. Elle tend l’oreille et le coeur à tous les malheureux, surtout les plus exotiques. L’étranger ne lui fait pas peur, il l’enrichit.

C’est comme si elle n’existait qu’à travers autrui, pour écouter le récit de la vie des autres.

Jeanine est sans cesse en mouvement, sans cesse enthousiaste. Tout le monde l’aime, sauf peut-être ses voisins qui trouvent que décidément, il y a bien trop d’étrangers dans l’impasse à cause d’elle. La narratrice, sa fille, s’agace elle aussi de quelques manies excentriques de sa mère. Mais si elle lui consacre son premier roman, c’est sans doute qu’elle est fière de cette mère sans prétention, de cette mère qui milite en actes et non en discours et a mis sa vie en accord avec ses convictions. Il n’est sans doute pas facile d’avoir une mère pas comme les autres.

L’abandon des prétentions n’est pourtant pas une hagiographie : c’est un portrait pudique où la tendresse se devine sous la douce ironie. Mais ce qui lui confère un intérêt plus grand encore, c’est son style. Blandine Rinkel écrit très bien, ses longues phrases d’équilibriste sont un bonheur de lecture. On les lit, puis on les relit pour se réjouir d’une telle maîtrise de la langue : c’est devenu si rare. Alors je vous laisse avec quelques mots, j’ai choisi la toute fin :

Du monde, elle n’aura connu que le sien, les invisibles siens, mais ce soir-là elle se sentira pleine, remplie de vies et de mémoires, d’histoires, de sentiments, et marchant près de sa grande maison vide, enivrée de tous ces visages croisés, elle pensera à demain et elle l’attendra encore, le chétif lendemain, la suite d’aujourd’hui et celle d’hier, elle l’espère si fort depuis qu’elle savoure la retraite de sa vie discrète, et son attente croît, brille, et comme tous les jours la nuit tombe, et comme tous les jours il y aura un ciel.

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L’abandon des prétentions

Blandine Rinkel
Fayard, 2017
ISBN : 978-2-213-70190-5 – 239 pages – 18 €

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L’abandon des prétentions de Blandine Rinkel

7 commentaires sur “L’abandon des prétentions de Blandine Rinkel

  1. Le portrait sans prétention d’une femme discrètement humaniste, même si tu en dis du bien, je suis plutôt en recherche d’évasion en ce moment … On se demande bien pourquoi …

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Bonjour,
voici un article à lire sur Tête de lecture : http://yspaddaden.com/2022/01/08/labandon-des-pretentions-de-blandine-rinkel/